Luciana : "Je m’inspire beaucoup de Dida et Taffarel"

21 mars 2021
  • Luciana, gardienne du Brésil et de Ferroviaria

  • Elle a offert à son club une place en finale de la Copa Libertadores fFéminine

  • Avant d'affronter América, elle se confie à FIFA.com

Les statistiques ont beau indiquer qu’environ 75 % des pénaltys sont convertis, cela n’empêche pas Luciana d’Araraquara de lancer : "Pas quand je suis dans le coin". Au bout de la soirée du 18 mars dernier , pour la énième fois de sa carrière, la gardienne de 33 ans a enfilé sa cape d’héroïne lors de la séance de tirs au but. En repoussant trois tentatives adverses, elle a offert à Ferroviaria une place en finale de la Copa Libertadores Féminine aux dépens de Club Universidad de Chile.

La gardienne titulaire du Brésil à la Coupe du Monde Féminine de la FIFA, Canada 2015™ a accordé un entretien à FIFA.com au sujet, entre autres, du choc qui l’attend face à América, de ses exploits en demi-finale, et de ses modèles Dida et Taffarel

À la mort subite, Rebeca Fernandez avait l’occasion d’envoyer Universidad en finale. Qu’est-ce qui vous passait par la tête au moment où elle s’approchait pour tirer ?

J’ai entendu Luana crier : "C’est pas fini, Ana Alice !". J’ai regardé et j’ai vu Ana Alice complètement effondrée. Luana lui criait : "Ne pleure pas, c’est pas fini". Alors, je me suis dit : "Ça ne va pas se passer comme ça". Ana Alice a été énorme dans cette Libertadores, match après match. Je ne voulais pas qu’elle hérite du mauvais rôle, ça aurait été trop injuste. J’étais vraiment déterminée à repousser ce tir au but. J’ai prié, j’ai attendu jusqu’au dernier moment pour pouvoir partir du bon côté, et j’ai pu l’arrêter.

Ana Alice vous a-t-elle remerciée après la rencontre ?

Elle est venue me voir pour me remercier, mais je lui ai dit : "C’est moi qui dois te remercier. Tu ne laisses jamais le ballon s’approcher de mes cages". Donc quand ça arrive, je dois donner le meilleur de moi-même, comme Ana Alice, les défenseuses et le reste de l’équipe le font pendant tout le match.

Qu’avez-vous ressenti en arrêtant ce dernier penalty pour envoyer Ferroviaria en finale ?

Une immense joie. J’ai remercié Dieu et mes coéquipières. On a perdu notre premier match 4-0. On était à un tir au but de l’élimination en demi-finale. Il y a plein de choses qui me sont passées par la tête. Un sacré moment !

Avez-vous vu la réaction de votre entraîneur, Lindsay Camila, après votre arrêt ?

(Rires) Oui oui, j’ai vu ! Elle s’est agenouillée, en pleurs. J’ai trouvé ça super. Il y a tellement d’émotions dans le football. On a été très critiquées au début de la campagne, donc ça a été un grand soulagement, une grande joie. C’était vraiment émouvant de la voir craquer comme ça.

Votre qualité sur les penalties, est-ce quelque chose que vous avez travaillé ?

Les penalties ont une importance décisive dans le football. Combien de titres se sont joués là-dessus ? Donc j’ai beaucoup travaillé et j’ai aussi beaucoup étudié des spécialistes de l’exercice, pas seulement des femmes, des hommes aussi. J’ai toujours eu beaucoup d’admiration pour Dida. Il restait toujours de marbre, son visage ne laissait jamais transparaître la moindre émotion. J’ai réussi à lui emprunter un peu de cette qualité. C’est un gros avantage car à ce poste, il ne faut pas montrer ses émotions, même sur les penalties. Je suis aussi une grande fan de Taffarel. Je suis vieille (rires), donc j’ai eu la chance de voir beaucoup de Dida et un peu de Taffarel. J’ai aussi décortiqué des vidéos de Taffarel. Tous les deux sont de grandes sources d’inspiration. J’aime beaucoup Alisson, Weverton et Tadeu aussi. Plus on travaille et plus on s’entraîne, plus on progresse.

Vous avez parlé de votre défaite 4-0 au premier match et vous étiez au bord de l’élimination après avoir fait match nul lors de votre deuxième rencontre. Et maintenant, vous voilà en finale. Arrivez-vous à réaliser ?

On ne s’attendait pas à prendre une telle claque au premier match. Mais ce sont des choses qui arrivent dans le football. Ça peut vous entraîner vers le fond ou bien vous pouvez vous ressouder, et vous dire : "Allez, maintenant on y va et on remet les points sur les 'i'". On a eu une discussion dans le vestiaire après le match et ça nous a rendues plus fortes. Personne ne croyait en nous, sauf nous. Ce nul n’était pas le résultat qu’on attendait mais on a gardé notre calme et notre confiance avant d’aborder le troisième match. On a vraiment bien joué et on est allées chercher la victoire dont on avait besoin.

Que pensez-vous d’América, votre adversaire en finale ?

C’est une très bonne équipe. Ce sont de vraies guerrières, elles ne lâchent rien jusqu’au coup de sifflet final. Elles ont plein de qualités et on sait que ce sont des battantes, donc il va falloir se montrer à la hauteur. Mais on est très confiantes quant à nos chances de victoire.

Comment jugez-vous l’affection que vous portent les supporters de Ferroviaria ?

C’est vraiment très fort. Depuis mon arrivée à Araraquara en 2013, ils sont géniaux avec moi. Quand ça n’allait pas et que j’avais besoin de soutien, ils ont fait preuve d’affection envers moi. Les supporters de Ferroviaria sont vraiment exceptionnels. "Amour" : c’est le seul mot qui me vient à l’esprit pour décrire la relation que j’entretiens avec eux. Ça fait vraiment plaisir de les rendre heureux et j’espère vraiment qu’on va aller chercher ce titre pour ces formidables supporters.

Tout cela ne serait pas arrivé si vous aviez arrêté le football en 2015. Pourquoi y avez-vous pensé ?

J’étais vraiment triste, je n’avais pas le moral du tout. Je sortais de moments difficiles. Je saturais de football. Je voulais arrêter, mais ma famille ne m’a pas laissée le faire. Ils m’ont énormément soutenue et grâce à Dieu, je suis repartie m’entraîner et me voilà aujourd’hui, ravie de faire ce que j’aime. Et j’espère que je serai encore plus heureuse après la finale !