15 avril 1972 : Cruyff brise le règne de Feyenoord

15 avr. 2020

Au mois d'avril 1972, l'Ajax Amsterdam se trouvait au cœur d'un cycle qui allait l'amener à remporter la Coupe d'Europe des Clubs Champions trois fois de suite. Pourtant, les Lanciers connaissaient alors quelques difficultés en championnat. Depuis l'avènement du génial Johan Cruyff en 1964, le club d'Amsterdam n'avait remporté que quatre couronnes nationales. À titre de comparaison, Feyenoord en comptait trois sur la même période.

Sacrée championne d'Europe en 1970, l'équipe de Rotterdam était également la tenante du titre en Eredevisie. Entraînés par le célèbre Ernst Happel, les pensionnaires du stade De Kuip comptaient dans leurs rangs la paire Rinus Israel et Theo Laseroms, qui formaient l'une des meilleures défenses centrales de toute l'histoire du pays. Au milieu de terrain, l'abattage de Wim Jansen et le talent de Wim van Hanegem faisaient souvent la différence. "À cette époque, Feyenoord et l'Ajax n'étaient pas seulement les deux meilleures équipes des Pays-Bas mais de toute l'Europe", dira plus tard Happel.

Le 15 avril 1972, Stefan Kovacs emmenait ses joueurs à Rotterdam pour y disputer l'une des affiches les plus attendues de toute l'histoire de l'élite néerlandaise. À la veille de la 29ème journée, l'Ajax ne comptait plus que trois points d'avance sur son grand rival, suite à sa défaite 3-2 sur le terrain de Go Ahead Eagles. Tout portait à croire à croire que les deux vieux ennemis seraient au coude-à-coude à l'issue de la partie, d'autant que Cruyff avait connu une terrible désillusion 9-4 pour ses débuts dans le Klassieker, en 1964. De plus, les Lanciers restaient sur une série de neuf matches sans victoire au stade De Kuip.

"La saison précédente, l'Ajax avait fait la course en tête mais nous l'avions battu 3-1 à Amsterdam et, une semaine plus tard, nous étions sacrés champion", se souvient Israel. "Cette fois-ci, nous avions l'avantage du terrain. Traditionnellement, l'Ajax ne marquait pas trop à Rotterdam et les chiffres parlaient nettement en notre faveur. Tout était donc réuni pour nous permettre d'offrir une belle fête à nos supporters."

Trois soirées inoubliables

Effectivement, les supporters de Feyenoord étaient debout au coup de sifflet final… mais pour offrir une standing ovation aux joueurs de l'Ajax, fait unique dans l'histoire de la rivalité qui oppose les deux clubs.

Sous l'impulsion de Piet Keizer et Cruyff, les visiteurs menaient 3-1 à la pause, grâce à des buts signés Cruyff, Arie Haan et Gerrie Muhren. La troisième passe décisive de Keizer a permis à Cruyff de signer un doublé, avant que les deux artistes ne décident d'inverser les rôles. Idéalement servi par le maître à jouer de l'Ajax, Keizer s'est même payé le luxe de fixer le ballon pendant quelques secondes pour mieux le glisser au fond des filets, malgré l'intervention désespérée d'Israel.

"Je me souviens d'être resté là, à moitié assommé, pendant qu'ils fêtaient ça", raconte Israel. "C'était dur mais l'Ajax méritait cette victoire. Nous avons été critiqués mais il n'y avait absolument rien à faire ce jour-là. On a beaucoup parlé de Cruyff et de Keizer mais toute l'équipe a réussi un grand match. C'était une performance exceptionnelle."

Cet écrasant succès 5-1 a pratiquement mis un terme au suspense dans la course au titre. Un mois plus tard, les Lanciers étaient de retour à De Kuip pour y battre Den Haag (3-2) en finale de la Coupe des Pays-Bas, puis l'Inter Milan (2-0) en Coupe d'Europe des Clubs champions. "Nous avons vécu trois soirées inoubliables à Rotterdam au cours de l'été 1972", reconnaît Keizer, qui a passé toute sa carrière à l'Ajax. "Mais cette victoire 5-1 sur le terrain de notre plus grand rival tiendra toujours une place à part dans ma mémoire."