vendredi 26 janvier 2024, 10:45

Les techniciens reviennent sur un mois de football qui a marqué l'histoire

  • Les techniciens de la Coupe du Monde Féminine de la FIFA 2023™ partagent leurs souvenirs

  • Les sélectionneurs co-organisateurs estiment que l'événement a laissé une marque indélébile sur les jeunes filles et les femmes

  • Jill Ellis, double championne du monde : "Chaque fois que vous allumiez la télévision, il y avait une véritable ferveur autour du jeu"

"Après cette Coupe du Monde, le football féminin va exploser dans vos pays. Des millions et des millions de filles et de femmes dans le monde entier vont s'inscrire pour jouer au football pour la première fois de leur vie." "Prenez conscience de ce que vous ressentez dans le stade demain et pensez à ce pouvoir, à ce mouvement culturel et à ce qu'il peut produire dans votre propre pays. Ce n'est pas seulement du football, c'est plus que ça". Ces mots sont ceux de Sarai Bareman, Directrice de la division du Football Féminin, visiblement émue lorsqu'elle s'est adressée au public de la Convention du Football Féminin de la FIFA qui s'est déroulée juste avant la finale de la Coupe du Monde Féminine de la FIFA, Australie & Nouvelle-Zélande 2023™, à Sydney/Gadigal.

Six mois plus tard, à l'occasion du Forum des coaches post-Coupe du Monde Féminine de la FIFA, Bareman et ses collègues du département du Football Féminin ainsi que ceux du Développement du Football Mondial de la FIFA ont rencontré les sélectionneurs et experts techniques pour analyser les principales tendances techniques du tournoi.

Certains sélectionneurs ont depuis quitté leur poste mais de nombreux visages dans l'assistance étaient les mêmes que ceux qui incarné les espoirs des fans pendant un mois.

Le Président de la FIFA Gianni Infantino en était convaincu, avant même que le coup d'envoi du match d'ouverture n'ait été donné : 2023 serait "la meilleure Coupe du Monde Féminine de la FIFA de tous les temps". Force est de constater que cette Coupe du Monde Féminine a bel et bien établi de nouveaux standards.

Qu'en pensent les sélectionneurs à tête reposée ?

Tony Gustavsson - Sélectionneur de l'Australie

"Je pense qu'avant tout, il est très important de rendre hommage à ceux qui nous ont précédés. Il y a eu des générations d'entraîneurs qui ont été à cette place avant moi. Je ne suis qu'une petite partie de quelque chose qui nous dépasse largement. Les anciennes Matildas, les Matildas d'aujourd'hui, les Matildas de demain : Ce sont elles qui ont vraiment donné le ton et amené l'équipe là où elle est aujourd'hui", explique Gustavsson.

"Il y a tellement d'émotions à ressentir, mais le mot 'inspiration' est celui qui me vient à l'esprit. Combien les gens y ont trouvé de l'inspiration. Combien la compétition a été génératrice d'unité sur et en dehors des terrains."

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Jitka Klimková, sélectionneuse de la Nouvelle-Zélande

Jitka Klimková s'est faite les dents en République tchèque avant de prendre les rênes des Football Ferns en 2021. Au Pays du long nuage blanc, les ventes de billets avant le tournoi avaient eu du mal à décoller. Mais ce qu'il s'est passé à l'Eden Park le 20 juillet 2023 a changé la donne... Peut-être pour toujours. "Bien sûr, c'était un risque d'amener le football en Nouvelle-Zélande parce que la culture est différente. Les gens aiment le rugby, le cricket, le netball... Le football n'était pas très populaire en Nouvelle-Zélande", explique-t-elle. "Même pour le premier match, on se demandait s'il allait être complet. À l'approche du coup d'envoi, les billets ont été vendus et nous savions que c'était un bon présage. Mais quelle est la prochaine étape ? Comment allons-nous surfer sur ce succès à l'avenir ?"

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Pour la première fois, la FIFA a entrepris d'amplifier et de mesurer l'héritage du tournoi en créant un groupe de travail spécifique. L'objectif principal était de surveiller l'impact du tournoi au cours des cinq prochaines années, non seulement dans les deux pays co-organisateurs, mais aussi en Asie et en Océanie. Selon Klimková, les retombées du tournoi sont encore bien présentes. "Je suis très fière de voir les filles commencer à jouer au football. Aujourd'hui, lorsque je me promène dans les parcs, je vois des petites filles et des petits garçons qui ne jouent pas seulement au rugby, mais qui tapent dans le ballon, avec ou sans chaussures, et je les vois faire la même chose sur la plage", poursuit-elle.

"La passion pour le football a pris une nouvelle ampleur en Nouvelle-Zélande et je suis ravie et reconnaissante à la FIFA d'avoir su prendre le risque d'organiser la Coupe du Monde Féminine dans ce pays", conclut-elle.

Jill Ellis - Membre du Groupe d'Etude Technique

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Pour Jill Ellis, après avoir mené les États-Unis au titre de champion du monde en 2015 et 2019, 2023 a marqué un nouveau cap. Elle a ainsi dirigé le Groupe d'Etude Technique de la FIFA, une équipe de 12 personnes chargée de fournir une analyse complète des actions techniques, tactiques et physiques du tournoi, ainsi que d'identifier les nouvelles tendances, tout au long des 64 matches. Cette expérience lui a donnée l'occasion de découvrir d'autres aspects du tournoi, au-delà de ses précédentes "limites", qu'il s'agisse de l'hôtel des équipes, des centres d'entraînement ou de "sa" zone technique sur le bord du terrain.

"J'ai pu vivre la Coupe du Monde d'une manière très différente. Honnêtement, j'ai pu voir la passion, les visages peints, les choses auxquelles vous ne prêtez pas attention lorsque vous coachez. Voir ces supporters, la passion qui les anime, l'enthousiasme, les 75 000 personnes dans les tribunes...", énumère Ellis en souriant. "Je pense que tout cela a laissé des traces. J'ai vu une nation tout entière être immergée dans une Coupe du Monde. Les Matildas faisaient la une de tous les journaux. Il y avait une véritable ferveur autour du football et de cette équipe. C'était quelque chose que je n'avais jamais vécu auparavant, et c'était vraiment une expérience agréable."

Angelo Marsiglia, sélectionneur de la Colombie

Pour le sélectionneur colombien Angelo Marsiglia, la passion des supporters, en particulier ceux qui avaient fait le déplacement depuis l'Amérique du Sud, a également été un point fort.

"Nos supporters ont toujours été un pilier important. Ils nous ont permis de nous sentir chez nous en Australie, à des milliers de kilomètres de notre pays. Nous avons ressenti cette chaleur patriotique. Lorsque nous avons chanté notre hymne dans les stades, nous avons eu la chair de poule."

La Colombie est incontestablement devenue une référence en matière football féminin, ayant été quart-de-finaliste de la Coupe du Monde Féminine U-20 de la FIFA™ au Costa Rica, finaliste de la Coupe du Monde Féminine U-17 de la FIFA™ en Inde et quart-de-finaliste de la Coupe du Monde Féminine de la FIFA™ en Australie et en Nouvelle-Zélande.

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Du 31 août au 22 septembre 2024, le pays accueillera à son tour la Coupe du Monde Féminine U-20 de la FIFA™. L'organisation de ce tournoi peut-elle inciter une autre génération de filles et de jeunes femmes à jouer au football ?

"Pour nous, cela signifie 'croissance'", répond Marsiglia. "L'opportunité d'organiser une Coupe du Monde de cette ampleur est importante, non seulement pour le sport, mais aussi pour une société qui grandit grâce au sport. Pour les jeunes filles, c'est une chance de rêver, de croire", ajoute-t-il. "Auparavant, nous ne considérions pas le football féminin comme un sport professionnel, mais plutôt comme un 'hobby'. Aujourd'hui, de nombreuses filles rêvent de devenir professionnelles, non seulement dans notre pays, mais aussi hors de nos frontières. Des joueuses comme Leicy Santos, Linda Caicedo ou Mayra Ramirez ont été élevées au rang d'idoles", explique-t-il.

"Ce que nous voulons, c'est qu'elles aient un rêve et qu'elles le réalisent grâce à l'entraînement et aux compétitions, qui bénéficient d'un grand soutien dans notre pays", poursuit-il. "Ce que nous voulons, c'est qu'elles aient un rêve et qu'elles le réalisent en s'entraînant, en participant à des compétitions, et que le pays soit derrière elles."

Fans Enjoy Women's World Cup at Fan Fests - FIFA Women's World Cup Australia & New Zealand 2023

Les rêves sont parfois fugaces et ils ne se réalisent malheureusement que rarement. Mais Tony Gustavsson rejoint le sélectionneur de l'équipe nationale féminine de Colombie sur ce fait...

"Je sais à quel point cela a été important pour les joueuses. Elle voulaient être sûres de laisser une bonne image et de bons souvenirs derrière elles."

BRISBANE, AUSTRALIA - AUGUST 12: Sam Kerr of Australia celebrates her team's victory through the penalty shoot out during the FIFA Women's World Cup Australia & New Zealand 2023 Quarter Final match between Australia and France at Brisbane Stadium on August 12, 2023 in Brisbane, Australia. (Photo by Bradley Kanaris/Getty Images)

Les anciennes Matildas, les Matildas d'aujourd'hui, les Matildas de demain : Ce sont elles qui ont vraiment donné le ton et amené l'équipe là où elle est aujourd'hui

Tony Gustavsson
Sélectionneur de l'équipe d'Australie Féminine

"Nous avons évoqué le fait qu'il ne s'agissait pas seulement d'une simple médaille autour du cou, mais d'un cœur qui bat derrière cette réussite. C'est la passion et l'amour pour le football, pour le faire grandir. Et je dois remercier une fois de plus le pays tout entier pour la façon dont il s'est uni et a soutenu l'équipe nationale pendant la Coupe du Monde. Cela se voit encore aujourd'hui, l'élan est toujours là." "Il y a beaucoup de gens qui travaillent très dur chaque jour, et parfois on ne le voit pas ou on ne l'entend pas, mais beaucoup de choses sont faites dans l'ombre, pas seulement sur le court terme, mais pour longtemps. Pour le développement du football de tout un pays."

Coupe du Monde Féminine de la FIFA 2023™