Portanova, l'Argentine a trouvé chaussure à son pied

  • German Portanova a pris les commandes de l’équipe d’Argentine féminine en juillet

  • Cet ancien footballeur (et fabricant de chaussures) a remporté trois titres de champion d’Argentine en tant qu’entraîneur

  • Au micro de FIFA.com, il évoque son parcours, sa vision du football et ses objectifs

Le moins que l’on puisse dire, c’est que les débuts de German Portanova à la tête de l’équipe d’Argentine féminine n’ont pas été de tout repos : deux matches consécutifs contre le Brésil, ténor de la scène sud-américaine. Dans ces conditions, on peut se demander si le nouveau sélectionneur n’aurait pas préféré un adversaire plus commode pour ses premières sorties. "Ce n’est pas ainsi que je vois les choses", répond l’intéressé, adoubé par son prédécesseur Carlos Borrello, devenu depuis coordinateur général des sélections féminines de la Fédération argentine de football. "Quand on occupe un tel poste, on ne peut pas se contenter de réfléchir comme un supporter ordinaire." Le stratège argentin a fêté son 48ème anniversaire cette semaine au Mexique, où son équipe affrontera La Tri ce 23 octobre : "Nous partageons la même passion, mais je crois que notre équipe nationale a besoin d'une nouvelle approche. Par le passé, il nous est arrivé de refuser de participer à de telles affiches. Pourtant, si nous voulons progresser, il n’y a pas le choix ; il faut jouer contre les meilleurs."

Les deux duels face aux voisines brésiliennes se sont soldés par autant de défaites (3-1 et 4-1). "Les critiques ne me font pas peur", précise l'intéressé. "J’ai la peau dure. Nous sommes au clair sur ce que nous cherchons et sur nos méthodes. Ceux qui se contentent de regarder les résultats pensent peut-être que nous n’avons pas été à la hauteur. Mais en ce qui nous concerne, cette période a été très productive." Ces quelques mots en disent long sur l’approche adoptée par Portanova. En effet, le sélectionneur peut afficher quelques certitudes, après avoir remporté trois titres de Primera Division Femenina entre 2014 et 2019 avec l’UAI Urquiza, qui compte plusieurs internationales dans ses rangs. "Dans un premier temps, il faut que chacune trouve ses marques au sein du groupe. Ensuite, il s’agit de poser les bases de ce qui sera notre style de jeu, lequel ne varie pas forcément en fonction de l’adversaire. Par moments, malgré la pression exercée par les Brésiliennes, nous avons réussi à porter le danger sur leur but. Nous avons perdu, mais ce n’est pas la fin du monde." Et d’ajouter : "Nous avons ressorti le ballon depuis notre surface 18 ou 20 fois. Nous avons essayé de presser nos adversaires et, parfois, nous avons réussi à leur prendre le ballon. Pia [N.d.l.r. : Pia Sundhage, la sélectionneuse du Brésil] a été la première à le reconnaître. Malheureusement, nous avons parfois pris un peu trop risques et nous en avons payé le prix. Mais nous avions une très bonne équipe en face de nous. En tout cas, si les États-Unis ou le Canada nous proposaient un match, j’accepterais sans hésiter".

Des crampons aux talons

Le parcours qui a mené Portanova sur le banc de l’équipe d’Argentine n’a rien de très conventionnel. Pendant 15 ans, cet ancien milieu de terrain écume les clubs de seconde zone dans son pays, avant de tenter sa chance au Chili, au Paraguay et en Espagne. Il évolue ensuite au niveau semi-professionnel, en Italie. Quelle influence cette carrière discrète exerce-t-elle aujourd'hui sur sa vision du jeu ? "C’est fondamental", répond-il sans hésiter. "Je suis quelqu’un de très pieux et je pense que Dieu m’a préparé pour ce moment. En Italie, j’ai porté le brassard de capitaine dans les dernières équipes dans lesquelles j’ai joué. Mon autorité ne me venait pas de mon talent car j’ai toujours été un joueur plutôt limité. En revanche, j’avais une idée assez claire de ce que représentait ce rôle de leader." "J’ai joué jusqu’à 36 ans, malgré quatre opérations aux genoux. J’y suis arrivé parce que je prenais soin de mon corps et que je prenais très au sérieux tout ce qui concernait l’entraînement, l’alimentation et la récupération. Tout au long de mon parcours, j’ai retenu beaucoup de petites choses qui font de moi le perfectionniste que je suis aujourd'hui."

German Portanova, coach of the Argentina women national team. Photo: courtesy of AFA

Nostalgique de son pays, Portanova décide de traverser l’Atlantique dans l’autre sens, en 2011. Il lui faut alors trouver un emploi. "Je fabriquais des chaussures. J’avais un ami qui avait une usine, des clients, tout ça. Mais ça ne me plaisait pas vraiment." C’est à cette période que l’UAI Urquiza le contacte pour lui proposer de s’occuper de l’équipe de jeunes. "J’ai dit oui tout de suite. Mes revenus ont considérablement baissé, mais ça m'était égal. L’objectif était de faire en sorte que toutes les équipes du club pratiquent un football de qualité. Au bout du compte, nous avons mené notre mission à bien." En 2014, ses dirigeants lui demandent s'il aimerait prendre la tête de l’équipe première. "J'ai dirigé un entraînement d'une heure et demie et je me suis dit : ‘Ça va, je peux le faire'. Je me suis rendu compte que les femmes étaient plus attentives car elles voulaient vraiment progresser. Et nous avions quelques joueuses très douées."

German Portanova, coach of the Argentina women national team. Photo: courtesy of AFA

Un succès immédiat

Effectivement, Portanova remporte le titre dès sa première saison. "Nous avions Belen Potassa, Florencia Bonsegundo, et Laurina Oliveros, pour n’en citer que quelques-unes", explique le natif de Buenos Aires, qui a également passé une saison à la tête de l’équipe masculine, avant de revenir au football féminin. "Mariana Larroquete, Milagros Menendez et Dalila Ippolito sont arrivées ensuite. Toutes ces joueuses ont fini par mener l’Argentine en Coupe du Monde Féminine." Portanova a suivi avec intérêt les performances de son pays lors de la Coupe du Monde Féminine de la FIFA, France 2019™. À défaut de se qualifier pour la suite du tournoi, l’Albiceleste a pris ses deux premiers points en phase finale. "J’ai regardé les matches attentivement. En tant qu’entraîneur, j’essaye de suivre un maximum de rencontres. Mais je suis aussi le premier supporter de cette équipe et des joueuses avec lesquelles j’avais eu l’occasion de travailler. J’ai même reconnu quelques combinaisons typiques d’Urquiza !" Toutefois, il ne s’est jamais projeté dans son futur rôle. "Bien entendu, j’y pensais souvent. Mais, même quand mon nom a commencé à circuler, je ne voulais pas perdre de vue mes obligations du moment. Cela dit, pour ne rien vous cacher, quand Carlos Borrello m’a proposé de devenir sélectionneur, j’en ai eu la chair de poule."

Son premier objectif consistera évidemment à obtenir son billet pour la Coupe du Monde Féminine 2023. "C’est notre rêve. Pendant le dernier stage, nous avons continué notre travail de fond, en gardant un œil sur la prochaine Copa America Femenina. Si le Brésil semble intouchable, les autres équipes sont très proches les unes des autres." Pour Portanova, la forme du moment pourrait donc faire la différence : "Si nous voulons obtenir des résultats, il sera nécessaire de former un groupe soudé sur le terrain et en dehors. On n’attaque pas le ballon de la même manière selon l’état d’esprit dans lequel on est. Une fois cette base posée, notre succès reposera sur notre application et notre style de jeu. Nous voulons occuper le devant de la scène. Ça signifie prendre des risques pour obtenir des résultats. Avec un peu de chance, nous pouvons faire une belle Copa America. Ensuite, il sera temps de penser à la Coupe du Monde Féminine".