Tokyo 2020 : les experts de la FIFA

20 juil. 2021
  • L’analyse technique des compétitions FIFA change d’approche avec Arsène Wenger

  • Le panel d’experts qui se penchera sur les tournois olympiques reflète la vision de Wenger

  • L'avis de quatre des experts de la FIFA : Christian Gross, April Heinrichs, Javier Mascherano et Pascal Zuberbühler

Épaulée par d’anciens grands noms du football, la FIFA adopte une nouvelle approche dans l’analyse technique de ses compétitions, et les Tournois Olympiques de Football sont le premier événement à en bénéficier. Pour Tokyo 2020, l’équipe technique de l’instance dirigeante du football mondial regroupe des experts, des analystes performance et des spécialistes de la science et de l’ingénierie des données du football. Ce savant mélange de compétences reflète la vision d’Arsène Wenger, directeur du Développement du Football Mondial de la FIFA, qui souhaite que les observations techniques et l’analyse des données soient combinées pour accroître et développer la compréhension du football et améliorer l’expérience des supporters.

À l’avenir, les analyses techniques de la FIFA se feront selon trois axes :

  • Analyse de la compétition : observations du moment

  • Analyse sur la durée : tendances observées sur plusieurs compétitions

  • Analyse de développement : observation de l’évaluation des performances entre les jeunes et le haut niveau

Arsène Wenger, qui présidera la groupe d’étude technique, travaillera pour Tokyo 2020 avec Pascal Zuberbühler, ancien international suisse (51 sélections) et une équipe de prestigieux experts. April Heinrichs et Élisabeth Loisel superviseront le tournoi féminin, tandis que Christian Gross, Steve McClaren et Javier Mascherano se pencheront sur le tournoi masculin. Le groupe d’étude technique maîtrise son sujet, Mascherano et Heinrichs ayant notamment déjà décroché l’or olympique. À quelques heures du coup d’envoi des Tournois Olympiques de Football, les experts de la FIFA partagent leurs souvenirs olympiques et leurs attentes pour Tokyo 2020.

Christian Gross

Christian Gross sur... ... ses attentes concernant l’Égypte et l’Arabie saoudite, deux pays qu’il connaît bien pour y avoir récemment travaillé et dont les joueurs évoluent majoritairement dans le championnat national. L’Égypte comme l’Arabie saoudite possèdent des équipes qui mettent beaucoup d’intensité. Le championnat national y est très disputé, avec des clubs qui évoluent en ligue des champions africaine ou asiatique, et, pour y décrocher un titre, il faut une équipe vraiment solide. L’approche tactique, semblable à celle que l’on rencontre en Europe, tourne autour du 3-4-3, du 4-4-2 et du 4-2-3-1. … la difficulté de disputer des compétitions internationales où l’on connaît moins bien ses adversaires. Les sélectionneurs vont essayer de mettre en application leur philosophie de jeu sans chercher à changer leur approche en fonction des adversaires, car ils ne disposent pas toujours de toutes les informations nécessaires. … les priorités d’un sélectionneur avant un tel tournoi pour lequel la période de préparation est assez courte. Ici, les sélectionneurs dont les joueurs évoluent au pays auront un avantage car ils ont pu les observer toute la saison et n’ont pas eu à les suivre dans divers championnats étrangers. Mais en général, les sélectionneurs arrivent aux Jeux avec des joueurs qu’ils ont entraînés pendant plusieurs années, et qu’ils connaissent donc très bien.

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April Heinrichs sur... … les différences entre le Tournoi Olympique et la Coupe du Monde Féminine de la FIFA. Ces deux compétitions sont très similaires, même s’il y a moins d’équipes aux Jeux et aussi moins de journées de repos. Donc au final, cela s’équilibre. Les meilleures équipes du moment sont là, et les Jeux Olympiques sont un événement unique. Il est très important de permettre aux joueuses de sentir qu’elles font partie de quelque chose de plus grand que le football. Les cérémonies d’ouverture, par exemple, à l’époque où l’on pouvait y assister, sont un moment inouï. Toutes sont différentes, et toutes sont mémorables. … les équipes qu’elle a le plus hâte de voir jouer et pouvoir analyser. Je suis curieuse de voir ce que les États-Unis et les Pays-Bas vont proposer. Ces deux équipes étaient en finale de la dernière Coupe du Monde et elles ont continué d’avoir de bons résultats. Elles seront au rendez-vous cette année. J’ai aussi hâte de voir le Brésil et ses nombreux talents, une équipe que dirige depuis peu mon amie Pia Sundhage. Il est possible que cette alliance de culture défensive apprise aux États-Unis et de style offensif brésilien soit un cocktail détonnant. Je n’oublie pas les Japonaises, qui évoluent à la maison. Asako Takakura a repris l’équipe peu avant France 2019, et elles ont bien sûr dû tourner au ralenti à cause de la pandémie, mais elles voudront tout donner pour le peuple japonais. Elles seront prêtes. Quant à l’Australie, elle a un nouveau sélectionneur en la personne de Tony Gustavsson, qui vient de passer huit ans avec les États-Unis. Il va apporter aux Matildas son professionnalisme, sa vision et son organisation. La Suède et la Grande-Bretagne ne seront pas loin, et je les vois bien faire le spectacle et créer la surprise. … les tendances tactiques qu’elle s’attend à observer. Même s’il est évident que certaines équipes réussiront mieux que d’autres, je pense que le jeu de possession sera majoritaire chez toutes les équipes, avec de rapides transitions entre l’attaque et la défense et vice-versa. Je suis aussi curieuse de voir si les formations féminines opteront pour trois arrières centrales avec deux pistons, un schéma redevenu en vogue dans le football masculin. Enfin, j’ai hâte de voir si les milieux axiales seront à leur avantage ou si la construction émergera davantage des lignes arrières. Lors de la Coupe du Monde, de nombreuses rencontres se sont jouées dans les 15 premières minutes, donc il faudra surveiller les entames de match à Tokyo.

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Javier Mascherano sur... ... la différence entre ses titres olympiques de 2004 et 2008. La principale différence était mon âge ! Pour ma première médaille d’or à Athènes, j’avais 20 ans et pas de responsabilités particulières au sein de l’équipe. En 2008, j’étais l’un des joueurs de plus de 23 ans et mon statut était différent. Je devais accompagner les jeunes et les faire bénéficier de mon expérience. Ces deux titres olympiques ont constitué deux étapes majeures de ma carrière, en tant que joueur et en tant qu’homme. ...sur l’importance des joueurs plus âgés pour aider les jeunes sur le terrain et en dehors. En 2008, nous avions une grande équipe avec des joueurs comme Juan Román Riquelme, Lionel Messi, Angel Di María, Sergio Agüero et j’en passe. Riquelme et moi étions les plus âgés et notre mission était de guider ces jeunes joueurs qui étaient déjà des stars. Au final, nous avons fait du bon boulot car nous avons réalisé de bon matches et remporté la médaille d’or. Savoir comment guider les autres et créer une bonne atmosphère dans un groupe est très important pour obtenir des résultats. ...le côté unique des Jeux Olympiques. Pour un footballeur, les Jeux Olympiques sont à la fois un retour dans le monde amateur et la découverte d’une nouvelle expérience : on côtoie d’autres athlètes loin des hôtels de luxe, et la pression médiatique est moins forte qu’au quotidien dans nos clubs. Tout cela fait d’un tournoi olympique une expérience inoubliable. .

Pascal Zuberbühler joins FIFA Technical Development Division

Pascal Zuberbühler sur... ...l’évolution des gardiennes de but dans le football féminin. Les gardiennes ont énormément progressé ces dernières années. Les meilleures ont plus de 30 ans mais elles sont parvenues à se réinventer et à franchir un cap, que ce soit sur leur ligne, dans les airs ou dans le jeu au pied. Le fait que de plus en plus d’équipes s’attachent les services d’un entraîneur des gardiennes y a grandement contribué, et la différence est flagrante entre le équipes qui jouent efficacement avec leur gardienne et celles qui ne le font pas. Mais ce n’est que le début, et la marge de progression est encore grande. … l’évolution du rôle des gardiens dans le football masculin. Aujourd’hui, le gardien est réellement un onzième joueur de champ. C’est le premier relanceur de son équipe, et le rôle qu’il a à jouer pour briser la première ligne défensive adverse est essentiel. Il doit pouvoir jouer des deux pieds, avoir confiance en lui et être calme balle au pied ; il doit aussi être en étroite connexion avec son équipe. L’évolution des méthodes d’entraînement va dans ce sens : les gardiens sont de plus en plus sollicités dans les exercices techniques et collectifs. Mais un entraînement individuel classique reste indispensable, car un gardien doit avant tout s’efforcer de ne pas encaisser de but. C’est là qu’il va puiser sa confiance. Il ne faut ni l’oublier ni le négliger. ...les joueuses et joueurs qu’il a hâte d’observer durant les deux tournois. Dans le tournoi féminin, je suis impatient de voir les progrès réalisés par les gardiennes. J’ai suivi toutes les compétitions féminines de la FIFA ces dernières années et je m’attends à ce qu’un nouveau cap soit franchi. C’est impressionnant de voir des filles comme Alyssa Naeher, Sari van Veenendaal et Hedvig Lindahl continuer de progresser. Chez les hommes, je suis impatient de voir évoluer des gardiens comme Unai Simón et Mohamed El Shenawy, qui ont déjà fait leurs débuts chez les A. Mais de jeunes talents comme Zion Suzuki, le portier japonais, m’ont impressionné il y a deux ans lors de la Coupe du Monde U-17 et j’ai hâte de les voir à l’œuvre à Tokyo.

Le saviez-vous ? Le Centre de ressources techniques de la FIFA sera lancé plus tard dans l’année et aspire à encore améliorer l’analyse technique des compétitions de la FIFA. Il proposera des contenus éducatifs aidant les entraîneurs à mettre en pratique les éléments observés.