Daniel Alves : "Le football devrait être un art"

2 juil. 2021
  • Daniel Alves détient le palmarès le plus fourni du football mondial.

  • Le joueur de 38 ans évoque ses rêves de JO et de Qatar 2022.

  • Il évoque ses années au FC Barcelone, Lionel Messi et Neymar.

Dormir sur un lit de béton, par des températures pouvant atteindre les 40°C, se lever à quatre heures du matin pour aller travailler à la ferme, puis marcher près de 20 km pour aller à l’école et courir la même distance au retour, afin d’arriver à l’heure pour l’entraînement de foot : Daniel Alves a fait tout cela avec bonne humeur. Car un rêve lui permettait de faire passer le temps plus vite : celui de devenir footballeur professionnel. Aujourd’hui âgé de 38 ans, le latéral brésilien est non seulement footballeur professionnel mais il est aussi le joueur à compter le plus grand nombre de trophées à son palmarès. Pourtant, il n’en finit pas de rêver. D’abord au Tournoi Olympique de Football Masculin, ensuite à la Coupe du Monde de la FIFA, Qatar 2022™ et enfin à la barre des 50 titres collectifs, qu’il serait le premier à atteindre. En compagnie de FIFA.com, Alves évoque ses ambitions ainsi que ses années au FC Barcelone, Lionel Messi et Neymar.

Le sélectionneur du Brésil, André Jardine, nous a raconté qu’il a vu une étincelle dans vos yeux quand il vous a parlé d’une convocation pour les Jeux Olympiques. Qu’avez-vous ressenti à ce moment ? Une sensation unique. J’ai toujours rêvé de participer aux Jeux Olympiques, donc j’ai ressenti une joie immense. Les JO, c’est magique. Le seul fait d’y penser déclenche des émotions. Je suis quelqu’un de patriote. Les mots me manquent pour dire à quel point j’aime porter le maillot du Brésil. C’est quelque chose de vraiment incroyable de représenter mon pays et mon peuple dans une compétition aussi importante et magique que les JO. Vous avez 38 ans. Le Brésil ne pouvait sélectionner que trois joueurs dépassant la limite d’âge. Pensiez-vous que votre chance de disputer les Jeux Olympiques était passée ? Ce n’est pas dans ma mentalité. Je crois vraiment en moi. Je fais confiance à mon hygiène de vie, à la façon dont je m’entraîne, à mes performances. Ça s’est refusé à moi à deux reprises et à la troisième occasion, j’ai la chance de défendre les couleurs du Brésil aux Jeux Olympiques. C’est une immense responsabilité d’aller chercher la médaille d’or mais c’est ma raison de vivre. Ce sont des défis comme ça qui me motivent. Vous êtes le joueur à avoir remporté le plus de titres dans le football mondial. Que signifierait une médaille d’or ? Chaque titre a sa propre importance, mais certains ont une saveur encore plus particulière. Les Jeux Olympiques appartiennent à une classe à part. C’est comme la Coupe du Monde. Ça n’a lieu que tous les quatre ans. Il y a tous les meilleurs athlètes, les meilleures équipes du monde. Cette magie en fait un événement à part. Notre groupe de joueurs va participer aux Jeux Olympiques pour la première fois et ça va être magique mais on doit rester concentrés sur notre mission : décrocher une nouvelle médaille d’or pour notre pays.

Êtes-vous motivé par l’éventualité de disputer la prochaine Coupe du Monde ? Pour être honnête, c’est ça, mon plus grand objectif. Ça a été une très belle surprise d’être convoqué pour les Jeux Olympiques mais depuis que j’ai quitté le PSG, je me suis promis de vraiment tout faire pour aller à la Coupe du Monde. Dans la vie, il faut se fixer de grands objectifs et essayer de les atteindre. Ces objectifs, on peut les atteindre ou pas, mais si je ne vais pas à la Coupe du Monde, je peux garantir que ce ne sera pas faute d’avoir essayé. Si l’on considère qu’un autre joueur mérite davantage que moi d’être dans la liste, alors que je serai le premier supporter de la Seleção. En tout cas, je pense sans cesse à la Coupe du Monde et je me consacre à fond à ce rêve. Comment jugez-vous votre coéquipier Neymar ? C’est un génie comme il y en a très, très peu. Il n’est pas du tout apprécié à sa juste valeur. Dans notre pays, on a l’impression que c’est un crime de réussir. Il paie le fait d’être brésilien. S’il venait d’un autre pays, avec toutes les choses qu’il réalise et les records qu’il bat, il se situerait beaucoup plus haut dans l’estime des Brésiliens. Grâce à Neymar, les enfants tombent amoureux du football. Quand j’étais enfant, c’est grâce à la magie des joueurs brésiliens que je me suis pris de passion pour le football, grâce à leur capacité à faire des choses différentes, à incarner l’essence même du football. Le football commence à devenir ennuyeux : très tactique, très physique. Le football devrait être un art, quelque chose de beau. Quand on regarder Ney jouer, c’est ça qui se dégage. Il n’y a pas un joueur plus magique que lui. J’adore le football et j’adore regarder Neymar jouer.

Qui sont les magiciens qui vous ont fait tomber amoureux du football ? J’ai adoré la magie de Ronaldinho et Romario. Mais mon exemple, c’était Cafu. Quand on vient de Juazeiro, on ne se considère jamais comme un magicien. On a dû se battre pour y arriver. Son histoire et la façon dont il s’est battu ont été une source d’inspiration. Il a travaillé d’arrache-pied pour devenir un grand joueur. C’est pour ça que je déteste que les gens me comparent à Cafu. Je crois beaucoup en moi, mais j’ai le plus grand respect pour Cafu et je n’aime pas ces débats. Cafu est une légende. Quels souvenirs gardez-vous de vos années au FC Barcelone ? C’est sans égal. Je pense avoir joué dans la meilleure équipe de l’histoire du football. Je n’ai jamais vu une équipe aussi magique qui était à ce point en symbiose. On était tous sur la même longueur d’onde pendant 90 minutes. Des superstars mondiales qui jouent au foot comme des enfants. On jouait pour gagner mais aussi pour faire le spectacle. On avait des tas de joueurs extraordinaires et une personnalité qui venait d’une autre planète. C’est difficile à expliquer aux autres car seuls ceux qui ont fait partie de cet effectif et ont vécu cette sensation peuvent comprendre. Nous avons vécu des moments d’euphorie incommensurable.

Lionel Messi, cette personnalité dont vous parlez, est-il le plus grand joueur de l’histoire ? Je ne peux parler que des joueurs que j’ai vus de mon vivant. J’ai vu quelques talents extraordinaires, mais ils n’ont pas été capables de maintenir ce très haut niveau de performance pendant tout ce temps. Donc même s’il est argentin, je dois le reconnaître : Messi est le plus grand joueur de l’histoire. Messi et Cristiano Ronaldo sont encore très forts, Robert Lewandowski a reçu le trophée The Best - Joueur de la FIFA, et Neymar, Kylian Mbappé, Kevin De Bruyne et d’autres brillent. Selon vous, qui est le meilleur joueur du monde à l’heure actuelle ? Neymar est le meilleur joueur du monde aujourd’hui.

Revenons sur votre enfance, qui n’a pas été facile. Quel rôle cette période a-t-elle joué dans votre parcours ? J’ai beaucoup de chance d’avoir eu des parents qui ont tout fait pour qu’il y ait toujours de quoi manger sur la table à la maison : pour cela ils seront toujours mes héros. Après, je ne pouvais pas avoir ce que beaucoup d’enfants avaient. J’ai dû travailler très jeune. Mais il y a quelque chose à tirer de tous les obstacles que la vie nous réserve : des rêves. Quels que soient nos problèmes, ces rêves accaparent notre esprit, si bien que l’on fait abstraction des difficultés. Bien sûr, il faut être prêt à tout donner pour réaliser ses rêves : tout le monde peut avoir des rêves et ne rien faire pour les concrétiser. Mon rêve à moi, c’était de devenir footballeur professionnel. À ce jour, vous avez remporté 43 titres en senior. Est-ce réaliste d’espérer devenir le premier à atteindre la barre des 50 ? Je suis vraiment fier de moi. Je pense à tous les efforts que j’ai consentis pour obtenir tout ça. Il faut toujours viser les étoiles. Effectivement, je pense à cette barre symbolique. Les 50, ce serait extraordinaire, historique. J’espère pouvoir atteindre cette barre avant de prendre ma retraite et j’espère qu’il y aura la Coupe du Monde dans le lot.