Tobias : "Je suis le meilleur joueur de tous les temps"

19 avr. 2021
  • Manoel Tobias est un des plus grands joueurs de futsal de l’histoire.

  • À l’occasion de son 50e anniversaire, il revient sur sa glorieuse carrière.

  • Il parle de Ronaldinho et de Lituanie 2021.

"J’étais dans le même état d’esprit que Cristiano Ronaldo et Lionel Messi aujourd’hui : je me poussais sans cesse pour évoluer au plus haut niveau possible." Ces paroles sont celles de Manoel Tobias, et ses actes datent, eux, des années 90.

Il n'a que 21 ans lorsque le Brésilien remporte sa première Coupe du Monde de Futsal de la FIFA, Hong Kong 1992, décrochant au passage le titre de Meilleur arrière droit du monde. Il fera encore mieux quatre ans plus tard en décrochant un deuxième titre de champion du monde, mais aussi les trophées de meilleur Joueur, meilleur buteur et meilleur passeur.

Alors qu'il célèbre ses 50 ans ce 19 avril, la légende du futsal brésilien a accepté de revenir sur sa glorieuse carrière au micro de FIFA.com.

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Manoel, quand vous étiez gamin, jouiez-vous davantage au futsal ou au football ?

Je faisais les deux. En 1986, j’étais licencié au Nautico Capibaribe en tant que joueur de futsal et que joueur de football. Je jouais avec les U-17 en football et avec les seniors en futsal. J’aurais voulu faire ça toute ma vie, mais fin 1988, j’ai dû faire un choix et j’avais un faible pour le futsal.

À peine deux ans plus tard, vous étiez convoqué pour la Coupe du Monde de Futsal de la FIFA…

Quand j’ai décidé de faire carrière dans le futsal, je savais qu’il y avait la Coupe du Monde deux ans plus tard et j’en rêvais. Et je me suis retrouvé, à 21 ans, dans un vol pour Hong Kong, entouré de tous ces joueurs que je vénérais. Je n’oublierai jamais l’arrivée à l’aéroport de Hong Kong. Nous n’étions pas habitués aux feux de la rampe, mais il y avait des tas de photographes. C’est à ce moment précis que j’ai réalisé que je participais à Coupe du Monde... C’était un rêve immense qui se réalisait. Et puis je ne faisais pas seulement acte de présence, j’étais titulaire au milieu de tous ces joueurs extraordinaires.

Quels sont vos souvenirs de cette compétition ?

Je me rappelle que nous avons joué contre les Pays-Bas lors du dernier match du deuxième tour : le vainqueur se qualifiait pour les demi-finales. On avait entendu dire que Pelé serait présent. Et quand on est entrés sur le terrain, il était là, en tribune. On a réalisé l’un de nos plus beaux matches, on a gagné 6-1 et j’ai marqué deux buts. Quand j’ai mis le deuxième, j’ai regardé en direction de Pelé et je lui ai dédié mon but. Et il m’a fait un signe de félicitation. Inoubliable ! Cette prestation snous a apporté beaucoup de confiance. Ensuite, on a battu deux très bonnes équipes, l’Espagne et les États-Unis, en demies et en finale. Au coup de sifflet final, on a vécu des moments indescriptibles. Je me rappelle du jour où j’ai reçu mon premier ballon de foot quand j’étais un môme : c’était la plus belle chose qui soit, un moment inoubliable. Ç’a ma procuré les mêmes sensations de brandir le trophée.

Le voyage de retour au Brésil a duré environ 30 heures. Ça m’a laissé beaucoup de temps pour réfléchir et me fixer des objectifs. Le premier, c’était de participer à la Coupe du Monde de Futsal de la FIFA suivante, ce qui n’était pas chose aisée vu le vivier de grands joueurs brésiliens. Le deuxième, c’était d’aider le Brésil à conserver son titre. Et le troisième, c’était d’être élu meilleur joueur de la compétition...

Et vous avez atteint ces trois objectifs…

Cela a été difficile. Nos adversaires avaient beaucoup progressé. Il ne restait plus que quatre joueurs de l’effectif de 1992 : moi, Fininho, Vander et Serginho. Et nous étions dans le rôle des méchants. Tout le monde disait que ce serait la Coupe du Monde de l’Espagne. On a dû jouer huit matches avec cinq mille, sept mille, dix mille personnes contre nous. Et en finale, on a gagné 6-4 à Barcelone face à une très grande équipe d’Espagne. Au niveau personnel, je restais concentré sur mes trois objectifs. Je les ai atteints les trois et en plus d’avoir été nommé meilleur joueur de la Coupe du Monde, j’ai aussi terminé meilleur passeur et meilleur buteur. Tout cela grâce à ma volonté. J’ai toujours cherché à devenir la meilleure version de moi-même. J’étais dans le même état d’esprit que Cristiano Ronaldo et Lionel Messi aujourd’hui : je me poussais sans cesse pour évoluer au plus haut niveau possible

Pensez-vous que le Brésil de 1996 est la meilleure équipe de tous les temps ?

L’Espagne de Daniel, Kike et Javi Rodríguez était exceptionnelle. Le Brésil de Schumacher, Falcao et Vinicius, idem. Mais le Brésil de 1996 pratiquait un futsal plus fluide, nous faisions des actions que les équipes continuent de reproduire aujourd’hui. C’était comme le Brésil de 1970 avec Pelé, Jairzinho, Tostao... Il y a encore des équipes qui reprennent les actions qu’ils faisaient à l’époque. Nous étions en avance sur notre temps.

En 1996, vous êtes passé au football en signant à Gremio, alors champion d’Amérique du Sud en titre…

J’ai d'abord décliné l'offre du club car je savais que j’aurais beaucoup de mal à m’adapter. Cela faisait six ou sept ans que je jouais au futsal en pro. Pour moi, c’était réglé. Mais deux jours plus tard, le téléphone a sonné et c’était Luiz Felipe Scolari ! Je me suis dit : "Si Felipão m’appelle, c’est qu’ils doivent vraiment penser que je suis capable de jouer sur grand terrain. En suis-je vraiment capable ?". Je ne voulais pas arrêter le futsal, donc je leur ai demandé de multiplier ce que je gagnais à Enxuta par quatre pour qu’ils disent : "Mais il est dingue ou quoi ?". Comme ça, on en parlerait plus. Mais ils ont dit "ok" ! Je n’en revenais pas. J’ai passé quatre mois à Gremio. Ç’a été une expérience formidable. J’ai vraiment eu du mal à m'adapter, mais au bout de deux ou trois mois, j’ai commencé à être au point. J’ai réussi à sortir quelques belles prestations. C’était génial de jouer avec ces grands joueurs. À l’entraînement, on jouait contre des jeunes comme Tinga, Rodrigo Gral et un gamin, je ne sais pas si vous en avez entendu parler… un certain Ronaldinho Gaucho. Ouah !

Pensez-vous que vous auriez fait une belle carrière si vous aviez choisi le football ?

Si je m’étais consacré au football en 1988, je suis certain que je serais devenu un grand joueur. Mais six, sept ans, sans y jouer… c’est énorme. Vous pensez que si l’on mettait Neymar sur un terrain de futsal, il serait aussi fort que Ferrao ou Ricardinho ? Non… Et je vous ai cité le footballeur qui serait le meilleur en futsal. Si Neymar avait continué dans le futsal, il serait le meilleur joueur de futsal du monde aujourd’hui, de loin. L’autre footballeur qui aurait pu faire un joueur de futsal extraordinaire, c’est Juninho Pernambucano. On était les deux de Recife et on a dû faire le même choix entre futsal et football. Il a choisi le football et j’ai choisi le futsal.

Que pensez-vous de l’équipe du Brésil actuelle ?

Ils ne sont peut-être pas aussi talentueux que les autres générations, mais ils ont la culture de la gagne. Ils travaillent vraiment dur et ils jouent vraiment bien sur le plan collectif. Ils ont Ferrao. Marquinhos Xavier est un entraîneur fantastique, il accomplit un travail extraordinaire. Je les vois très forts dans l’optique de la Coupe du Monde.

Qui va gagner la Coupe du Monde de Futsal de la FIFA, Lituanie 2021 ?

Je n’arrête pas d’entendre que l’Argentine a eu de la chance à la dernière Coupe du Monde… Pardon ? C’est une équipe formidable. Je ne sais pas si elle va encore gagner, mais elle sera dans le dernier carré. Cela va se jouer entre le Brésil, l’Argentine, l’Espagne et le Portugal.

Qui est le meilleur joueur du monde à l’heure actuelle ?

Ferrao est le meilleur joueur du monde aujourd’hui. C’est un monstre.

Et qui est à votre avis le meilleur joueur de futsal de tous les temps ?

(rires) C’est l’homme auquel vous vous adressez. Je ne vais pas faire le faux modeste : je pense que je suis le meilleur joueur de futsal de tous les temps. Pourquoi ? Parce que Manoel Tobias attaquait et défendait, il créait des buts et il en marquait. Désolé, mais je serais hypocrite de dire autre chose. Je suis convaincu que c’est moi le meilleur. Manoel Tobias numéro 1, Falcao numéro 2, Ricardinho numéro 3. Jorginho était un immense joueur aussi.