Sandhu montre le chemin aux Indiens

La date du dimanche 29 mai 2016 restera marquée d'une pierre blanche dans l'histoire du football indien. Ce jour-là, le gardien Gurpreet Singh Sandhu, qui porte les couleurs de Stabaek en Tippeligaen norvégienne, est devenu le premier Indien à débuter un match de première division en Europe. L'événement est passé inaperçu mais il marque un tournant capital pour le deuxième pays le plus peuplé de la planète.

Sandhu n'est pas à proprement parler prophète en son pays. Il n'est pas le joueur le plus connu d'Inde, restant loin derrière Baichung Bhutia ou Sunil Chhetri. Mais à force de patience, Sandhu a fait son trou en Norvège, passant deux ans au sein de l'équipe réserve de Stabaek, avant de se voir confier une place de titulaire. Ayant franchi les paliers en club comme en sélection, le portier pourrait bien devenir, à 24 ans, le nouveau visage du football indien.

En dépit du choc culturel, le portier n'était pas décidé à renoncer à son rêve. "Dès que je suis arrivé en Norvège, je me suis fixé un objectif auquel je n'ai jamais renoncé", explique Sandhu à FIFA.com. "Je voulais progresser et trouver ma place à ce niveau." ** **

À force de travail, il a été convoqué pour disputer les six derniers matches de l'Inde dans les qualifications pour la Coupe du Monde de la FIFA, Russie 2018. Il a ainsi succédé au titulaire habituel, Subrata Pal, aligné lors des deux premières sorties. Lorsqu'on lui demande si ses compatriotes devraient marcher sur ses traces, il n'hésite pas un instant. "Je voulais exploiter mon potentiel, ce qui n'était pas possible en Inde. Tous les amateurs de football au pays le savent bien", assure-t-il. "Selon moi, de nombreux Indiens auraient leur place en Europe. Je n'étais pas meilleur que les autres en arrivant, mais j'ai travaillé sans relâche pour m'améliorer. Pour réussir, il faut un bon timing, des conseils judicieux et un peu de chance."

La relève La nouvelle génération indienne aura bientôt l'occasion de montrer à son tour sa valeur en accueillant la prochaine édition de la Coupe du Monde U-17 de la FIFA. Les jeunes Indiens se trouvaient justement à Stabaek cette semaine pour y disputer un match dans le cadre de leur tournée européenne. "Le public indien va ouvrir les yeux en voyant l'écart qui nous sépare des grandes nations et les efforts consentis", estime Sandhu, qui a pu rencontrer les U-16 indiens à l'occasion d'un nul 2:2 contre une équipe locale. "Ils ont joué beaucoup de matches amicaux en Europe. Ça leur permet de se mettre en avant. C'est le bon âge pour venir en Europe. Il vaut mieux arriver ici en étant adolescent. Plus on est jeune, plus on s'adapte facilement. De cette façon, on n'a pas le temps de prendre de mauvaises habitudes."

Sandhu reconnaît avoir douté par moments, notamment en raison du fossé culturel qui sépare le nord de l'Europe de son pays d'origine. "Parfois, je me disais que tout ça n'en valait pas la peine. Mon pays me manquait terriblement et je me demandais ce que je faisais là. Mais je m'étais préparé à cette éventualité. J'ai continué à travailler car je savais que ça paierait", raconte-t-il. "Il faut faire les choses correctement. Les gens cherchent parfois des raccourcis, particulièrement en Inde. Je veux que les jeunes se confrontent à la difficulté. C'est comme ça qu'on avance. J'étais très fier en débutant mon premier match mais, franchement, je suis déçu de voir que je suis le seul Indien en Europe. Ça prouve que nous sommes en retard. Les meilleures nations asiatiques comptent de nombreux expatriés. Il nous reste du travail dans ce domaine."

Sandhu a relevé la barre pour les autres joueurs indiens. Alors que son pays s'apprête à vivre une période cruciale, il espère que son parcours aiguisera les appétits. "Je suis fier de ce que j'ai fait et si je peux servir de modèle pour les plus jeunes, tant mieux."