Poulsen et la Tanzanie, une union longue et réussie

5 oct. 2021
  • Deuxième mandat de Kim Poulsen à la tête de la sélection tanzanienne

  • Son équipe est en train de créer la surprise dans les qualifications africaines pour Qatar 2022

  • Le technicien danois avait déjà fait des miracles lors des éliminatoires de Brésil 2014

Ce sont leurs noces d’étain : Kim Poulsen et la Tanzanie fêtent cette année leurs 10 ans de mariage. Leur première union date de 2011 avec la nomination du technicien danois au poste de sélectionneur des U-17 et des U-20. En une décennie, leur relation a bien sûr évolué : il y a eu des hauts, des bas, des ruptures, et des retrouvailles ; mais leur histoire perdure aujourd’hui. Pour le pire, parfois, mais surtout pour le meilleur.

"Ce que je vis avec ce pays et cette sélection s’apparente effectivement à une histoire d’amour," confirme Kim Poulsen au micro de FIFA.com. "C’est ma deuxième maison. Mon épouse et moi y avons passé de nombreuses années. Mes enfants y ont grandi. Je suis très attaché à ce pays. J’aime les gens, la culture, la nourriture… Je parviens même à communiquer en swahili que je comprends et que j’utilise quand il s’agit de football".

L'entremetteur de cette idylle est un autre Poulsen, Jan, sélectionneur des Taifa Stars de l’époque, qui a emmené Kim dans ses bagages. "Il m’a fait comprendre qu’il ne s’éterniserait pas là-bas et qu’il comptait me passer le relais. Je me suis dit que c’était ma chance d’entraîner une sélection nationale. Je l’ai donc saisie et je ne le regrette pas un instant", explique le Scandinave, à propos de ses deux mandats de sélectionneur des A, l’un entre 2012 et 2014 et l’autre depuis 2021.

Et entre deux retours au Danemark - à Silkeborg IF (2014-2015) et au FC Sonderborg (2018-2021) -, Poulsen a également occupé le poste de directeur du développement à la fédération tanzanienne de football entre 2016 et 2018. "Depuis 10 ans, j’ai contribué autant que j’ai pu au développement du football tanzanien, en anticipant, en veillant à regarder plus loin que demain. Cela relève de l’organisationnel et ça passe par la mise en place de structures, de projets et de plannings sur du long terme", explique le technicien de 62 ans. "On a refait appel à moi à deux reprises, j’imagine donc que je n’ai pas laissé tant de mauvais souvenirs que ça !"

Les opposés s’attirent

Comment aurait-il pu en être autrement ? Certes le talent ne manquait pas en Tanzanie, mais quelqu’un pour l’exploiter faisait défaut. "J’ai aussitôt aimé travaillé avec ces joueurs. Ils sont réceptifs, impliqués et sérieux. Ils ont conscience que le football a le pouvoir de radicalement changer leur vie s’ils réussissent à percer. Ils s’entraînent très dur pour cela", analyse-t-il. "De mon côté, j’ai senti que je pouvais apporter quelque chose dans l’organisation, mais aussi dans le management. Cela a été donnant-donnant." Cela a rapidement porté ses fruits. Entre 2012 et 2014, sous la houlette de Poulsen, les Taifa Stars sont passés de la 130ème à la 105ème place du Classement FIFA-Cola-Cola, grâce à des victoires en éliminatoires de la Coupe du Monde de la FIFA, Brésil 2014 face à des équipes du calibre de la Gambie ou du Maroc. "Ce sont mes plus beaux moments passés avec la sélection. Paradoxalement, le meilleur match que nous avons réalisé lors de ces qualifications a été contre la Côte d’Ivoire. Et il a accouché d’une défaite", se remémore-t-il.

Kim Poulsen. Headshots during the FIFA Technical Development Workshop led by Arsène Wenger, on January 27, 2020 in Doha, Qatar.

Départ canon

C’est d’un peu plus loin, dans la peau du directeur du développement, que Poulsen a suivi les qualifications pour Russie 2018, avec le même résultat : une élimination malgré des résultats encourageants. La Tanzanie s’est fait sortir par l’Algérie au deuxième tour malgré un nul obtenu au match aller (2-2 ; 0-7). En vue de Qatar 2022, l’intéressé a donc décidé de retenter l’aventure sur le banc. Et pour l’instant, ça lui réussit.

La Tanzanie joue les trouble-fêtes dans le Groupe J. Après un match nul face à la RD Congo (1-1), les Taifa Stars ont battu Madagascar (3-2) et occupent actuellement la première place de la poule à égalité avec le Bénin.

"On a bien démarré les qualifications, tout le monde est content, mais il faut raison garder. C’est juste un bon début. Le chemin est long et semé d’embûches", tempère Poulsen. "Dans cette poule, nous sommes l’équipe la moins bien classée au Classement FIFA. Toutes ont une majorité de joueurs qui jouent en Europe, ce qui est loin d’être notre cas. Mais on essaye de compenser en profitant de la proximité dont les joueurs et nous disposons, en se regroupant le plus possible et en allongeant les phases de rassemblement et de préparation."

"Je ne sais pas où tout cela nous mènera, j’espère évidemment le plus loin possible. Nous avons une montagne à franchir, mais savourons son ascension. Gravissons-la avec passion, et en profitant de chaque instant passé ensemble", conclut-il amoureusement.