Martins : "Je veux entrer dans l'histoire et emmener la Bolivie en Coupe du Monde"

2 juin 2021
  • Marcelo Martins est devenu le meilleur buteur de l'histoire de la Bolivie

  • L'ancien U-20 brésilien croit dans les chances de qualification de la Verde pour Qatar 2022

  • Il revient sur sa carrière et notamment un accrochage avec Lionel Messi

Un troisième but en autant de matches de qualification pour la Coupe du Monde de la FIFA, Qatar 2022™ a élevé Marcelo Martins au rang de meilleur réalisateur de l'histoire de la Bolivie. Il en a ressenti une immense fierté mêlée d'un sentiment de justification. Enfant, il a vendu des hamburgers pour pouvoir prendre le bus et se rendre à l'entraînement. À 19 ans, il a quitté les U-20 brésiliens pour poursuivre une carrière internationale sous le maillot bolivien. Aujourd'hui, ses sacrifices et ses choix sont validés. "J'ai eu l'impression d'être transporté sur une autre planète", confie-t-il.

L'attaquant de 33 ans est convaincu que la Bolivie s'ouvrira les portes de la prochaine Coupe du Monde. Le joueur de Cruzeiro s'est entretenu avec FIFA.com avant les confrontations de la Verde avec le Venezuela et le Chili. Il évoque les raisons pour lesquelles il a choisi de représenter la Bolivie, le début des qualifications pour Qatar 2022, son altercation avec Lionel Messi et son titre de meilleur buteur historique.

Marcelo, vous avez fêté votre septième anniversaire au lendemain du premier match de la Bolivie en Coupe du Monde depuis 1950. Avez-vous quelques souvenirs de la Verde à États-Unis 1994 ?

Je me souviens juste de quelques rencontres. Le pays était en effervescence à l'époque. Marco El Diablo Etcheverry, Erwin Platini Sanchez, Carlos Trucco sont des légendes. Ce sont eux qui ont conduit la Bolivie à la Coupe du Monde. On en parle encore aujourd'hui. Nous n'avons plus réussi à nous qualifier depuis, alors nous sommes vraiment motivés pour y arriver. Ce serait fabuleux de répondre aux attentes des Boliviens et d'apporter de la joie dans notre pays qui a tant souffert.

Votre père est Brésilien, mais vous êtes né et avez grandi en Bolivie. Souteniez-vous la Seleção ou la Verde ?

Entre un père brésilien et une mère bolivienne, je me suis toujours senti partagé. Quand le Brésil jouait, je le soutenais. Quand la Bolivie jouait, je la soutenais. Au Brésil, j'étais fan de Ronaldo, qui était mon modèle. En Bolivie, mon idole était El Diablo Etcheverry. C'est une figure culte du football bolivien et j'aimais beaucoup le regarder jouer. Je voulais toujours le meilleur pour les deux équipes. Mais après avoir fait mes débuts en sélection bolivienne, les choses ont changé.

Que représentait le football dans votre enfance ?

J'ai eu une enfance difficile. J'ai dû travailler dès mon plus jeune âge. Quand je me suis inscrit à un club de football à 13 ans, j'ai eu besoin d'argent pour prendre le bus et me rendre à l'entraînement. J'ai vendu des hamburgers et du soda au stade. C'est là que je me suis vraiment pris de passion pour le foot. Je travaillais pour pouvoir faire ce que j'aimais le plus au monde, taper dans un ballon. Je suis également tombé amoureux de l'ambiance du stade. Le seul problème, c'est que j'aimais aussi les hamburgers. Il m'arrivait de craquer et d'en manger un, qu'il me fallait payer ! (rires)

Quel rôle a joué votre père ?

Il m'a toujours soutenu et m'a encouragé à devenir footballeur dès mes 10 ans. Il m'a accompagné quand j'ai rejoint l'EC Vitoria, à Bahia. Au début, je n'avais pas de contrat, mais un jour j'ai reçu 500 réaux (environ 200 $ à l'époque). Je suis allé au centre commercial avec mon père et je suis tombé en arrêt devant un jeans. Il coûtait exactement 500 réaux. Je voulais à tout prix en acheter un, mais mon père m'a dit : "Oublie ces jeans et concentre-toi sur l'entraînement, ne pense qu'au terrain. Si tu fais carrière dans le football, tu pourras dépenser 100 dollars comme si c'était dix réaux." Mon père avait raison. Aujourd'hui, j'en ai plus de 200 ! (rires)

Vous avez joué pour le Brésil dans les catégories U-18 et U-20. Comment avez-vous vécu cette expérience ?

Je n'ai pas de mots pour décrire le sentiment de fierté que j'ai éprouvé, moi, un Bolivien, à faire partie de l'équipe nationale Juniors brésilienne. Mon père aussi en a été extrêmement fier. Quel bonheur de porter le maillot canarinho, le n°9 comme Ronaldo ! J'ai été le meilleur buteur dans deux compétitions, mais à ce moment-là; j'ai été contacté pour intégrer la Verde. Dieu avait un plan pour moi : entrer dans l'histoire avec la Bolivie.

Vous n'aviez que 19 ans. Avez-vous eu du mal à faire ce choix ?

Ça a été l'une des décisions les plus douloureuses de ma vie. Mon père me poussait à rester au Brésil et à continuer à travailler dur pour avoir ma chance en Seleção senior. Le reste de ma famille argumentait en sens inverse : "Tu dois jouer pour la Bolivie afin de l'aider à se qualifier pour la Coupe du Monde. Tu seras un modèle à suivre pour les jeunes, qui voudront marcher sur tes traces". La perspective d'inspirer les générations à venir a été une puissante motivation, mais il m'a tout de même été très difficile de renoncer à mon rêve d'évoluer en Seleção.

Dans les qualifications pour Qatar 2022. Vous avez manqué le premier match, mais ensuite la Bolivie a concédé de courtes défaites face à l'Argentine et à l'Équateur, puis un nul 2-2 au Paraguay. Comment jugez-vous cette entame ?

Nous aurions pu remporter les trois dernières rencontres. Nous avons pris l'avantage dans les trois cas, mais nous n'avons pas su rester concentrés et maintenir notre niveau de jeu. Il est compliqué pour nos adversaires de jouer en altitude. Nous n'en avons pas tiré parti. C'est frustrant d'avoir gâché sept points. Mais nous avons encore tout à gagner. Nous abordons deux gros matches. Si nous l'emportons, nous serons en bonne posture dans la course à la qualification. Nous avons constaté que nous étions capables de bien jouer contre des adversaires de haut niveau et que nous avions les moyens de les battre. Nous analysons les sautes de concentration et les erreurs pour ne pas les reproduire.

La Bolivie est-elle en mesure de se qualifier pour Qatar 2022 ?

J'en suis convaincu. Nous avons toutes nos chances. Je donnerai tout ce que j'ai jusqu'au bout. Je veux entrer dans l'histoire du football de mon pays. Ce serait prodigieux d'emmener la Bolivie en Coupe du Monde, d'offrir cette joie à mes compatriotes. Et je rêve de disputer cette épreuve.

Qu'avez-vous ressenti quand vous vous êtes adjugé le titre de meilleur buteur de l'histoire bolivienne ?

Une grande fierté. J'ai travaillé dur pendant 13 ans pour arriver à ce résultat. Faire trembler les filets n'est pas simple, c'est même la chose la plus difficile en football. Et j'ai l'intention de continuer à faire tourner mon compteur. Je suis jeune, j'ai encore de belles années devant moi. Je suis en bonne forme physique et je suis un battant.

Lors du match contre l'Argentine, pourquoi avez-vous eu une altercation avec Lionel Messi ?

Sur le terrain, il se passe parfois des choses que les médias ne voient pas : une insulte, un tacle musclé, ou une intervention pour défendre un coéquipier. Messi est un joueur phénoménal. J'ai une immense admiration pour ce qu'il a accompli à Barcelone et ce qu'il représente pour l'Argentine. Mais dans ces moments-là, peu importe qu'il s'agisse de Messi, de Cristiano Ronaldo ou de Ronaldo Fenômeno. On défend les couleurs de son pays et on est chaud. Il y a eu un malentendu sans importance dans le feu de l'action. Ça arrive tout le temps.

À propos de joueurs de légende, quels sont les meilleurs joueurs que vous ayez vus évoluer ?

O Fenômeno et Cristiano Ronaldo. J'étais aussi fan de Gabriel Batistuta. C'était un buteur extraordinaire.

Pour conclure, qui voyez-vous gagner Qatar 2022 ?

Le Brésil est toujours favori. La Seleção est très difficile à affronter. Ses joueurs sont redoutés, notamment pour leur capacité à échapper au marquage. Et ils sont quintuples champions du monde, c'est important. La Belgique a des chances et l'Argentine est toujours dangereuse. Pour l'instant, je pense que le titre se jouera entre ces trois équipes.