Labbé : "Heureuse d'avoir répondu aux attentes"

  • Stéphanie Labbé présélectionnée pour le prix The Best – Gardienne de la FIFA

  • La numéro 1 canadienne s'est illustrée à Tokyo malgré des problèmes de santé mentale

  • Elle évoque ses difficultés, son transfert à Paris et son expérience olympique au micro de FIFA.com

2021 semblait être l'année de tous les bonheurs pour Stéphanie Labbé. Sa nomination au titre The Best – Gardienne de la FIFA était inévitable, compte tenu de ses précédents accomplissements et de ses prestations exceptionnelles dans le dernier Tournoi Olympique de Football Féminin.

Les prouesses de la Canadienne de 35 ans à Tokyo sont d'autant plus admirables quand on sait par quels moments éprouvants la numéro 1 est passée sur le plan professionnel et mental. De l'extérieur, à la voir enchaîner une médaille d'or, des fiançailles et le plus gros transfert de sa carrière en quelques semaines, on aurait pu croire qu'elle vivait un conte de fées. 

Mais cette apparente félicité cachait une réalité bien moins idyllique, comme Labbé l'a elle-même révélé en septembre. Elle a décrit "les niveaux élevés d'anxiété et les multiples crises de panique" dont elle a souffert pendant la course à l'or olympique des Canucks. Dans un récit courageux et d'une remarquable franchise publié sur le site de la FIFPRO, la gardienne du Paris Saint-Germain a écrit avoir passé les 48 heures qui ont suivi la finale "allongée dans une pièce sombre", en se sentant "complètement dissociée" de son exploit.

Du temps est passé depuis ces tristes révélations. Aujourd'hui, Labbé a trouvé un nouveau souffle. Elle s'est adaptée sans peine à la vie parisienne et elle se souvient à présent avec fierté de cette année mémorable.

RIFU, MIYAGI, JAPAN - JULY 30: Stephanie Labbe #1 of Team Canada saves the Team Brazil fifth penalty taken by Rafaelle #4 to win in the penalty shoot out during the Women's Quarter Final match between Canada and Brazil on day seven of the Tokyo 2020 Olympic Games at Miyagi Stadium on July 30, 2021 in Rifu, Miyagi, Japan. (Photo by Koki Nagahama/Getty Images)

À Tokyo, vous paraissiez vivre le plus beau moment de votre vie. D'après votre récit, c'était pourtant loin d'être le cas. Quel regard portez-vous aujourd'hui sur votre expérience olympique ? Depuis la parution de cet article, j'ai réussi à me détacher émotionnellement des problèmes que j'ai rencontrés sur le plan mental. Avec le recul, je peux maintenant apprécier le tour de force que nous avons réalisé. Le tournoi a été extraordinaire. Je m'y étais préparée à fond mentalement et physiquement. J'étais convaincue d'avoir beaucoup à apporter. Oui, il y a eu des moments difficiles, mais finalement, je ne garde que de bons souvenirs que je chérirai toute ma vie.

Héroïne du Canada, médaillée d'or et fiancée peu après : vous sembliez mener une vie idéale. Les problèmes de santé mentale sont-ils souvent dissimulés ? Oui. Il ne faut pas toujours se fier aux apparences. Les athlètes sont, eux aussi, des êtres humains. Le monde extérieur ne voit qu'une fenêtre de 90 minutes de la journée ou de la semaine d'un footballeur. Mais le reste du temps, nous vivons les mêmes difficultés que les autres. Beaucoup de gens livrent des combats dont nous ignorons tout. Nourrir les débats autour de la santé mentale leur permettra de se sentir suffisamment en confiance pour s'exprimer sans crainte d'être jugés et de se rétablir plus vite. C'est un aveu très dur pour un sportif, comme dans de nombreux autres emplois, parce qu'on ne veut pas paraître faible, alors qu'au contraire, on puise de la force dans la parole.

L'épreuve que vous avez traversée n'a en rien affecté vos performances sur le terrain. Avez-vous franchi un nouveau palier lors de cette compétition et de cette année ? Il ne fait aucun doute que j'ai encore élevé mon niveau de jeu durant le tournoi. C'est le résultat d'une préparation acharnée pendant la pandémie. Je suis revenue de la Coupe du Monde 2019 déçue de ne pas avoir été capable de monter en régime quand l'équipe avait besoin de moi. Je savais exactement le type de gardienne que je voulais être au Tournoi Olympique. J'ai énormément travaillé mentalement et physiquement pour atteindre mon meilleur niveau et je suis arrivée à Tokyo en pleine confiance. Je pense que cela se voyait. Je crois avoir fait preuve d'une grande régularité ces cinq dernières années et j'étais très fière de pouvoir faire valoir mes qualités sur une scène aussi prestigieuse. 

Qu'avez-vous ressenti quand vous avez appris votre nomination pour le prix The Best ? Un sentiment d'humilité et aussi de bonheur de voir mes efforts récompensés. Je suis heureuse d'avoir répondu aux attentes de mon équipe et que ma contribution ait été reconnue. Mais je me dois d'ajouter que mon travail est parfois facilité par mes coéquipières. 

Vous affrontez seule les séances de tirs au but et vous en avez surmonté deux très dures au Japon. C'est vrai (rires). Là, tout le mérite m'en revient.

Stephanie Labbe of Canada saves a penalty from Anna Anvegard of Sweden during the women s football final between Sweden and Canada at the Tokyo 2020 Olympic Games.

La qualité des candidates au prix The Best atteste de l'amélioration constante du niveau des gardiennes de but. Êtes-vous fière d'avoir contribué à hausser la barre ? Extrêmement. Les compétitions, notamment les Tournois Olympiques et les Coupes du Monde, mettent en évidence la progression des joueuses à ce poste. Beaucoup ne sont pas titulaires en sélection bien qu'elles brillent en club, et des numéros 1 de classe mondiale n'ont même pas été nommées pour The Best. C'est en grande partie dû à l'augmentation des investissements et à l'entraînement de haut niveau consacré aux gardiennes, ce qui est crucial. 

Vous plaisez-vous à Paris ? Beaucoup jusqu'ici. J'ai la chance d'avoir ma fiancée et mon chien auprès de moi, ce qui me permet d'avoir un bon équilibre entre ma vie professionnelle et personnelle pour la première fois de ma carrière. Paris est une ville magnifique que j'adore explorer. Et je ne parle même pas du bonheur de faire partie d'un club aussi prestigieux que le PSG.

Vous avez porté le maillot de grands clubs, mais c'est la première fois que vous êtes pensionnaire d'un poids lourd du football masculin et féminin connu dans le monde entier. Est-ce très différent de vos expériences précédentes ? On a une vision de ce qu'est un gros club et c'est effectivement fantastique dans certains domaines. Dans d'autres, d'une manière générale, le football féminin a encore des progrès à faire partout dans le monde. Il est regrettable, par exemple, que nous ne nous produisions pas plus souvent en ville, parce que nous pourrions attirer beaucoup plus de supporters si c'était le cas. Pratiquement toutes les équipes qui jouent en banlieue ont du mal à trouver un public. Quand on est lié à un club masculin, plus on joue dans les mêmes installations ou dans des stades proches, plus les fans ont tendance à suivre les deux formations.

Le football féminin, le Canada et vous-même vivez une période faste. Estimez-vous cependant que les choses n'avancent pas assez vite, même si elles s'améliorent ? Oui. Tout ce qui n'est pas mis en place immédiatement n'avance pas assez vite. Au Canada, nous réclamons un championnat depuis dix ans. Notre sélection n'a cessé de remporter des succès sur la scène internationale et la seule case qu'il nous reste à cocher, c'est un meilleur classement en Coupe du Monde, ce qui affermirait notre statut de grande puissance. Mais nous avons fait belle figure dans les trois derniers Tournois Olympiques et ces résultats, conjugués à notre progression malgré l'absence d'un championnat national, témoignent du talent et du mental de nos joueuses.