Infantino : "Un football plus sain et plus compétitif pour la planète entière "

1 juil. 2021
  • Le Président de la FIFA évoque les étapes déterminantes pour l’avenir du football

  • Parmi les sujets abordés : la consultation en cours sur le calendrier international des matches, une procédure de candidature transparente et le développement du football féminin

  • Gianni Infantino a participé à distance au Sport Business Forum de l’EFE

Mercredi 30 juin, le Président de la FIFA Gianni Infantino a participé en tant qu’invité spécial à la seconde édition du Sport Business Forum de l’EFE, diffusée depuis Madrid. De nombreux sujets ont été abordés au cours de cet entretien de près d'une heure. Vous trouverez ci-dessous une version abrégée de l’interview.

Quand on voit ce qui se passe depuis quelques jours, on ne peut s’empêcher de penser que le football est redevenu un spectacle de premier choix. Qu'en dites-vous ? Oui, je suis d'accord. En ce moment, le football nous procure beaucoup d’émotions, que ce soit à l’occasion de l’EURO ou de la Copa América. Et la Gold Cup se profile à l’horizon. Pendant un moment, le football s’est arrêté partout dans le monde, en raison de la pandémie. Nous n’avions plus connu une telle situation depuis la guerre et je crois que cette période a été difficile pour chacun d’entre nous. De nombreuses personnes ont souffert et souffrent encore mais le retour du football, même si les stades ne sont pas encore pleins, nous donne le sentiment que la normalité reprend ses droits. Quels changements comptez-vous introduire dans le marché des transferts mondial ? Quel serait le rôle de la chambre de compensation que la FIFA souhaite créer ? Un an avant le début de la pandémie, sept milliards de dollars (US) ont été dépensés sur le marché international des transferts. Sur cette somme, 700 millions sont revenus directement aux agents et seulement 70 millions aux clubs qui ont formé et accompagné ces joueurs. Nous voulons donc réformer le marché des transferts car nous pensons qu’il n’est pas sain que de tels volumes d’échanges ne soient encadrés par aucune règle. La chambre de compensation devra s’assurer que les clubs qui ont formé les joueurs reçoivent l’argent qui leur est dû. En effet, il existe un mécanisme de solidarité qui prévoit que 5% du montant du transfert doit être versé aux clubs formateurs. Cette règle existe déjà. Mais, dans les faits, seuls 60 ou 70 millions sont effectivement versés. Pourquoi ? Parce qu’il s’agit de petits clubs, qui n’ont pas les moyens de faire une réclamation ou qui ignorent même qu’ils devraient toucher de l’argent. Ils n’ont pas le temps de formuler leur demande ou ils n’ont pas les moyens de payer des avocats pour défendre leurs intérêts. Nous voulons donc automatiser les procédures, afin de les rendre complètement transparentes.

La FIFPro demande un calendrier plus juste et moins chargé. Avons-nous vraiment besoin de toutes ces compétitions ? Qu’en est-il du projet de Coupe du Monde des Clubs de la FIFA à 24 équipes ? Je suis convaincu que la grande majorité des fédérations, des ligues, des clubs, des supporters et des joueurs du monde entier seront d’accord avec moi pour dire : nous voulons un football plus sain, moins discriminant et plus compétitif. Pour arriver à ce résultat, il faut repenser le calendrier international. Nous avons demandé à Arsène Wenger, un homme dont l’expertise et le professionnalisme font l’unanimité, de se pencher sur cette question. Nous avons lancé une série de consultations, en commençant par nous adresser aux principaux acteurs. Nous avons parlé aux joueurs et aux entraîneurs pour leur demander à quoi pourrait ressembler le football de leurs rêves, d'ici quelques années. Que pensent-ils de la Coupe du Monde des Clubs ? De la Coupe du Monde, de l’Euro, de la Copa América, de la Coupe d’Afrique des Nations, de la Coupe d’Asie ? Que pensent-ils des clubs ? Ont-ils envie de voyager d'un continent à l’autre en septembre, en octobre, en novembre et en mars ? Apprécient-ils de jouer deux matches et de revenir dans leur club ou de jouer quatre matches avec leur club et de rejoindre leur équipe nationale ? Ces questions sont très importantes et nous souhaitons également entendre l’avis des supporters sur ces sujets. Notre but est de mondialiser le football. Aujourd'hui, il faut se demander si le football est vraiment mondial. Bien entendu, le football est le sport numéro un dans le monde. Il est mondial est termes de passion, d’émotions et dans nos cœurs, mais certainement pas pour ce qui est des opportunités de jouer, de la compétitivité ou de disputer un tournoi dans les meilleures conditions. Mon ambition, mon rêve, notre idée, notre philosophie serait d’avoir une cinquantaine de clubs de chaque continent capables de remporter une Coupe du Monde des Clubs, ainsi qu’une cinquantaine de pays, 50 équipes nationales de tous les continents, en situation de gagner une Coupe du Monde. Si nous parvenons à ce résultat, le football sera en position idéale pour l'avenir.

Parlons du football féminin. Quelles mesures prendrez-vous à court et moyen terme pour développer la discipline ? Le football féminin est sans aucun doute le sport qui va connaître la plus forte croissance au cours des dix prochaines années. Je ne sais pas où je serai dans dix ans, mais je vous propose de regarder les chiffres. Nous pourrons comparer le football féminin à n’importe quelle autre discipline, masculine et féminine, et je suis sûr du résultat. Et je ne parle pas seulement des revenus, mais de l’ensemble des chiffres. La dernière Coupe du Monde Féminine a eu lieu en France. Elle a connu un franc succès, avec plus de 1,2 milliard de téléspectateurs dans le monde. 1,2 milliard ! Plus d'un million de personnes en tribunes. Quelque 263 millions de téléspectateurs, rien que pour la finale ! Nous avons le devoir de développer cette discipline. C’est la raison pour laquelle la FIFA a décidé d’investir 1 milliard de dollars (US) dans le développement du football féminin, par exemple en soutenant des projets partout dans le monde, afin que les filles puissent jouer au football comme elles le souhaitent, dans tous les pays du monde. Je me souviens très bien de la dernière Coupe du Monde Féminine U-17 en Uruguay. Le Mexique et l’Espagne se sont affrontés en finale et ce ne sont pourtant pas des pays traditionnellement associés au développement du football féminin. Cela prouve que nous sommes sur la bonne voie. Je tiens également à préciser que nous menons des concertations sur le calendrier international des matches pour le football féminin.

Passons maintenant à la Coupe du Monde 2030. Il y a déjà plusieurs pays intéressés. Que pensez-vous de la candidature de l’Espagne et du Portugal ? Suite à nos réformes, le Président de la FIFA n’a même plus le droit de voter pour l’attribution de la Coupe du Monde. Cette responsabilité incombe à nos 211 associations membres. En tant que Président de l’FIFA, je note toutefois que de nombreux pays ont exprimé leur intérêt pour l’organisation de ce tournoi. Qu'est-ce que cela signifie ? Cela veut dire que les gens croient en nous. Il n’en a pas toujours été ainsi par le passé, mais nous avons déjà organisé une élection ouverte, transparente et publique il y a deux ans, pour l’attribution de la Coupe du Monde 2026. Des experts ont observé nos procédures, nous avons commandé un audit et l’ensemble des votes étaient publics et transparents. Donc, ce que je peux promettre à l’Espagne et au Portugal, ainsi qu’à tous les pays qui souhaitent organiser la Coupe du Monde qui fera suite à celle programmée en Amérique du Nord en 2026, c’est que la procédure sera juste et totalement transparente. Plus il y aura de candidatures, mieux ce sera pour la FIFA et son Président ! Que le meilleur gagne ! Nous sommes en 2021. À quoi vont ressembler les deux prochaines années pour la FIFA ? Notre but est de rendre le football véritablement mondial. Si nous grandissons, tout le monde peut grandir avec nous. Pour que le football se développe partout dans le monde, il ne faut laisser personne sur le bord du terrain. Le football ne peut pas être l’affaire d’une petite élite ; il doit être ouvert à tous. Si le football s’ouvre davantage, tout le monde en tirera profit, même les plus gros acteurs. Je crois que l’écart entre les grands et les petits ne cesse de s’accroître. Notre objectif doit être de mondialiser le football, en commençant par les joueurs qui disputent nos Coupes du Monde de jeunes. Chacun doit avoir sa chance. Tous les garçons et les filles ont le droit de rêver. C’est notre vision pour 2023 : rendre le football véritablement mondial. Nous allons devoir faire preuve d’application, en restant ouverts aux idées neuves. Nous allons aussi devoir être courageux car certains peuvent avoir peur du changement. Mais je pense que nous devons avant tout faire preuve de conviction et d’optimisme : ce changement est nécessaire pour faire une place à chacun et rendre le football encore plus - beaucoup plus - mondial qu’il ne l’est aujourd'hui.