Boquete : "Le talent n’a jamais manqué en Espagne"

16 sept. 2021
  • Un changement radical en l’espace de six ans

  • En août, l’Espagne a pour la première fois intégré le top 10 du Classement mondial féminin.

  • Boquete : "À l’Euro et à la prochaine Coupe du Monde, l’Espagne sera favorite"

L’équipe qui a offert à l’Espagne sa première participation à la Coupe du Monde Féminine de la FIFA, à Canada 2015, et celle qui tentera à partir de cette semaine de se qualifier pour Australie/Nouvelle-Zélande 2023, sont bien différentes l’une de l’autre. Il faut dire que le football féminin espagnol a beaucoup changé entre-temps.

L’Espagne, qui avait quitté le pays à la feuille d’érable avec un nul et deux défaites dans les valises, aborde cette campagne de qualification parmi les favorites. Durant cet intervalle de six ans, le football féminin espagnol a opéré un virage radical qui lui a permis de s’asseoir à la table des grands, comme en témoigne la première entrée de sa sélection dans le top 10 du Classement mondial féminin FIFA/Coca Cola.

La progression de l’Espagne

"Je suis très satisfaite de ce changement. Nous voulions toutes que les choses évoluent et aujourd’hui, l’Espagne occupe enfin une place qui correspond à notre talent", estime au micro de FIFA.com Vero Boquete, la joueuse emblématique du football féminin espagnol au cours de la dernière décennie.

"L’implication des grands clubs et des fédérations a été fondamentale. Le football féminin s’est professionnalisé et le niveau des joueuses a augmenté. Les filles qui ont du talent ne sont plus freinées dans leur progression alors qu’avant, elles plafonnaient", ajoute celle qui a porté les couleurs de l’Espanyol de 2008 à 2011 avant de parcourir le monde, notamment à Tyresö (Suède), puis au Bayern Munich et à Francfort, où elle a remporté la Ligue des champions féminine en 2015, ou encore au Paris Saint-Germain.

Et de poursuivre : "Dès qu’il y a eu du soutien et de l’organisation pour accompagner cette professionnalisation, le football féminin espagnol s’est hissé au niveau des meilleurs. Au niveau sociétal et en termes de mentalités, ç’a été un peu plus difficile, mais ça commence à s’installer et l’on se rapproche de plus en plus de ce que l’on recherche".

La joueuse de 34 ans souligne également la progression de l’Espagne sur le plan sportif, elle qui a évolué avec une grande partie de l’ossature de la sélection engagée dans cette compétition préliminaire pour la Coupe du Monde Féminine. "Si je devais composer un onze avec des joueuses qui ont été mes coéquipières, je mettrais beaucoup d’Espagnoles. Le talent n’a jamais manqué", souligne l’actuelle pensionnaire de l’AC Milan.

Parmi les grandes

C’est à France 2019 que cette transformation de l’Espagne a été la plus flagrante. Après la défaite en quarts de finale de l’UEFA Euro 2017, cette Coupe du Monde Féminine avait été cochée comme l’occasion de rentrer définitivement dans le grand bain. Malgré une élimination prématurée en huitièmes face aux États-Unis, les enseignements tirés furent positifs.

"L’Espagne a prouvé qu’elle avait un bon niveau et ce match a permis de dissiper certaines craintes. Quand on arrive à un tel niveau, on ne peut s’attendre qu’à de bonnes choses. L’Espagne va aborder le prochain Euro avec l’étiquette de favorite. D’équipe médiocre, l’Espagne est devenue une sélection qui doit gagner l’Euro ou la Coupe du Monde, il va falloir gérer ça, mais ce sont des joueuses très expérimentées", assure-t-elle.

Cette allusion au statut de favori pourrait surprendre, mais Vero Boquete a des arguments à faire valoir : "On parle de joueuses qui, en club, évoluent au plus haut niveau. Les filles du Barça ont disputé deux finales, elles sont championnes d’Europe… Les joueuses qui évoluent à l’étranger réussissent bien. Ça ne va pas poser de problème", analyse la native de Saint-Jacques-de-Compostelle au sujet d’une équipe qui débute cette semaine son parcours dans les qualifications pour la Coupe du Monde Féminine 2023. L’Espagne affrontera l’É֤cosse, l’Ukraine, la Hongrie et les Îles Féroé dans le Groupe B, dont le vainqueur sera qualifié pour la phase finale.

Le FC Barcelone est un artisan majeur de cette progression. Finaliste de la Ligue des champions féminine de l’UEFA en 2019, le club catalan est définitivement entré dans le gotha européen en remportant le titre cette année. Auteur d’une prestation de haut vol à Göteborg, il n’a fait aucun cadeau à Chelsea, battu 4-0 en finale.

Le rôle du Barça

"Quand il a remporté le titre, j’ai ressenti la même chose qu’en assistant à cette évolution du football féminin : de la satisfaction et de la joie pour toutes les filles. Cela venait asseoir un projet et cela montrait que quand on croit à quelque chose et qu’on investit dedans, les résultats finissent par tomber. D’équipe de Segunda, le Barça est devenu une équipe qui vise les titres. Il a créé un centre de formation et il est allé chercher à l’extérieur ce qui lui manquait, mais 80-90 % des joueuses sont espagnoles", insiste Vero.

Le socle du FC Barcelone féminin est aussi celui de l’équipe d’Espagne. Selon Vero, c’est sur ces fondations que reposent en grande partie les espoirs de grandes choses à venir : "Ces huit ou dix cadres du Barça peuvent être alignées par l’Espagne au prochain match. Cela nous procure un avantage dans les grands rendez-vous. Elles se connaissent, elles s’entraînent ensemble. D’autres pays n’ont pas cette possibilité."

Le système de formation du football féminin espagnol a lui aussi le vent en poupe. Il alimente la sélection, qui constitue la référence pour les jeunes joueuses. Les médias et les clubs soutiennent le football féminin, et les fédérations travaillent avec les jeunes. Tout va dans le bon sens.

"Le travail de formation structuré effectué par les clubs montre que l’on travaille de mieux en mieux. Les filles de 5 ou 6 ans intègrent leurs premières équipes, elles progressent, elles ont de la visibilité et les parents acceptent de plus en plus de les voir devenir footballeuses", commente Vero Boquete.

En conclusion, l’ancienne internationale en revient à l’équipe nationale avec bonheur et assurance : "Pour moi, c’est une fierté et il me tarde les prochaines grandes échéances : le prochain Euro et la prochaine Coupe du Monde, où l’Espagne sera favorite". Voilà qui est dit.

Veronica Boquete of Spain throws her shoes to the fans